Alzheimer comment réduire les risques
User Rating: / 0
PoorBest 
Les causes des maladies

Alzheimer comment réduire les risques

La France compte en2007 environ 860000 personnes touchées par la maladie d'Alzheimer. Nicolas Sarkozy vient d'annoncer un plan spécial pour financer la recherche et le traitement. Mais rien n’est prévu pour la prévention. Or dé nombreuses études montrent que le mode de vie joue un rôle déterminant. Oliver Tickell.

La maladie d'Alzheimer et autres formes de démences séniles sont difficiles à vivre pour les proches du malade et les traitements coûtent cher. En France, près de 860 000 personnes sont touchées par la maladie d'Alzheimer ce qui coûte à l'Etat 4,5 ml11iards d'euros. Le dernier rapport Dementia Uk (1) de l'Alzheimer's Society britannique révèle que le coût du traitement de la démence au Royaume-Uni s'élève à 25 milliards d'euros pour 700000 patients. Le nombre de patients au Royaume-Uni devrait, selon les projections, augmenter : 940 100 en2021 et 1 735 000 en 2051. En France, selon les prévisions de l'Insee, près de 1,3 million de personnes seront atteintes d'ici 2020.

En réaction à cette situation de crise, des mesures sont annoncées par les gouvernements. Mais la principale manque : la prévention. Or il y a de nombreuses mesures à prendre rentables et scientifiquement fondées pour réduire fortement l'incidence dela démence sénile et permettre aux personnes âgées de conserver leurs facultés cognitives. Ces mesures concernent particulièrement le régime alimentaire et le mode de vie. Appliquées de façon systématique, ces mesures auraient la capacité de transformer totalement le paysage du risque d'Alzheimer.

Les bonnes graisses

Le cerveau est un organe gras qui fonctionne le mieux avec les bonnes matières grasses. Il réagit mal aux graisses industrielles comme la graisse hydrogénée. En 2003, une étude publiée dans Archives of Neurology (2) portant sur 815 personnes âgées de plus de 65 ans a montré que les 20 % consommant le plus d'acides gras « trans » (d'origine industrielle) étaient 4 fois plus susceptibles d'être atteintes de la maladie d'Alzheimer que les 20 % qui avaient la consommation de graisses la plus faible.

La même étude a montré que les 20 % consommant le moins d'huiles végétales polyinsaturées avaient 5 fois plus de risque d'être atteintes par la maladie. En combinant ces effets, une personne qui suit un régime riche en acides gras « trans» et pauvre en graisses polyinsaturées a neuf fois plus de risques d'être atteinte par la maladie.

En 1999, une étude dans la revue Neurology (3) a montré les effets bénéfiques de l'huile mono insaturée, tout particulièrement l'acide oléique de l'huile d'olive. Avec le vieillissement, le cerveau a plus besoin de graisses monoinsaturées pour prévenir sa dégénérescence: « Un taux élevé d'acide gras monoinsaturé pourrait induire la préservation des fonctions cognitives chez des personnes âgées en bonne santé. Cet effet pourrait être lié au rôle des acides gras dans le maintien de l'intégrité de la structure des membranes neuronales. »

Les acides gras oméga 3, particulièrement la longue chaîne des acides gras de l'acide docosahexaénoïque et de l'acide eicosapentaénoïque, ont traité avec succès la dépression, le déficit de l'attention et le syndrome de l'hyperactivité. (4) Des études publiées dans le journal of Neuroscience en 2005 établissent que ces graisses réduisent la formation de la plaque amyloïde liée à Alzheimer chez les souris, et pourraient peut-· être s'appliquer aux humains. (5)

Cette hypothèse a été démontrée par une étude d'octobre 2006 publiée dans Archives of Neurology. (6) Cette étude d'un an sur 174 personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer a montré que le développement de la maladie à son début s'est trouvé ralenti par des compléments en oméga 3. « Il semble que non seulement le DRA (acide docosahexaénoïque) est un composant essentiel des cellules du cerveau mais aussi que le DRA et ses métabolites exercent un effet préventif contre le développement de la mort cellulaire du cerveau» concluent les auteurs. «Ces découvertes encourageantes indiquent qu'un traitement précoce avec des oméga 3 peut aider à enrayer le déclin de la mémoire chez des patients souffrant des premiers symptômes de la maladie d'Alzheimer. »

Le risque de démence est aussi fortement lié à des niveaux élevés d'homocystéine - un acide aminé associé à des faibles taux d'acide folique et de vitamine B 12 - comme le note l'American journal of Clinical Nutrition (7) en février 2007. Le traitement avec de la vitamine B12 est protecteur: «Davantage de vitamine B12 peut réduire le risque de démence associée à l'homocystéine ou du Trouble cognitif sans démence (CIND). »

Comment réduire les facteurs de risque

La protection est également conférée par les polyphénols, antioxydants présents dans les fruits et les légumes, comme le montre un article de 2006 dans l'American journal of Medicine (8) basé surI'étudede 1836 Américains d'origine japonaise. Ceux qui ont bu du jus de fruits et légumes au moins trois fois par semaine étaient quatre fois moins susceptibles de contracter la maladie que ceux qui en ont bu une fois par semaine.« Les jus de fruits et les légumes jouent un rôle important pour retarder l'apparition de la maladie d'Alzheimer ». Le curcuma, élément essentiel dans la composition du curry, est très protecteur. Il est riche en curcumine qui provoque le mécanisme de défense contre les radicaux libres, causes des dommages cellulaires et d'une part essentielle du processus de vieillissement. Il existe une foultitude de preuves des bienfaits du curcuma non seulement contre Alzheimer mais aussi contre des affections allant de la maladie de Crohn au psoriasis. (9) Cela est démontré par le faible taux de la maladie d'AlzheiIner en Inde chez les personnes âgées. En 2001, une étude dans Neurology (10) de la population rurale de Ballabgarh en Inde a ainsi montré une incidence de 0,3 %, une des plus faibles connues au monde, soit une' incidence quatre fois moindre que chez la population américaine.

Les mêmes changements alimentaires qui réduisent le risque d'Alzheimer bénéficieraient beaucoup à la santé cardiovasculaire et à la réduction des infarctus, La santé mentale et la santé cardiovasculaire sont liées, comme le montre une étude de 21 ans sur 1 500 Finlandais parMiia Kivipelto (11) de l'institut Karolinska à Stockholm, « L'obésité au milieu de la vie, un fort taux de cholestérol et une pression artérielle élevée sont tous des facteurs de risques notables de démence », et « en s'additionnant ils augmentent le risque », de sorte que les personnes présentant ces trois facteurs de risque ont 6,2 fois plus de chances de souffrir de démence !

Une autre stratégie contre la démence est de rester vif et actif mentalement. Dans la parution de juin 2003 de New England journal of Medicine (12) une étude sur 21 ans recensant 269 adultes en bonne santé entre 75 et 85 ans a établi que «la lecture, les jeux de société, la pratique d'un instrument de musique et la danse réduisent le risque de démence», « Il semble que rester agile mentalement· forme un cerveau plus sain et plus capable de résister aux maladies, tout comme l'exercice physique permet de protéger le corps contre les maladies », souligne le Dr ]oe Verghese.

La solitude est également un facteur de risque important comme RobertWilson,professeur de neuropsychologie à l'université de médecine de Rush, l'a mis en évidence en février 2007.(13) Son étude sur 823 personnes âgées à Chicago établit que le risque d'Alzheimer est deux fois plus élevé chez les personnes seules. » « La solitude est associée à un niveau cognitif plus faible et à un déclin cognitif plus rapide pendant le suivi. »

Ces derniers mois au Royaume-Uni, l'Alzheimer's Society a accepté d'examiner les bienfaits potentiels de mesures préventives peu coûteuses. Mais la grande majorité de ses efforts sont toujours axés sur les thérapies classiques avec médicaments, dont nombre ont une efficacité. douteuse et présentent des effets secondaires. Un effort de recherche médicale disproportionné est consacré à des technologies génétiques brevetables comme le rôle de la prédisposition génétique et l'utilisation de transplantation de cellules génétiquement modifiées pour produire le facteur de croissance neuronal.(14)

Mais le plus grave est que les données croissantes sur les relations entre le régime et la nutrition, le mode de vie et la démence n'ont produit aucune réaction chez nos gouvernements. Cependant, avec le coût croissant de la maladie d'Alzheimer etd'autres démences dont on prévoit une augmentation à des niveaux inquiétants, la reconsidération du problème tôt ou tard s'avèrera nécessaire.Entre-temps, chacun de nous peut choisir son mode de vie pour se prémunir contre les facteurs de risque. .

Notes

(1) Knapp et al. Dementia UK, Alzheimer's Society: London, 2007.

(2) Morris et al., "Dietary Fats and the Risk ofIncident Alzheimer Disease".Arch Neural. 2003; 60: 194-200. .

(3) Solfrizzi et al.. "High monounsaturated fatty adds intake protects against age-related cognitive decline". Neurology, mai 1999 ; 52 : 1563.

(4) Richardson, "Omega fatty acids in AHDH and related neurodeve!opmental disorders, lnt. Rev Psychiat 2006. 18(2) 155-172.

Richardson et Montgomery, "The Orford-Durham study: a randomized conrrolled trial of dietary supplementation with fatty acids in children with deve!opnientai coordination disorder" Paediatrics 2005, 115 (5), 1360-1366 (5) FreJlnd-Levi et al., "Omega Fatty Acid Treatment in 174 Patients With Mild to Moderate Alzheimer Disease :. OmegAD Study: A Randomized Double-blind Trial". Arch Neural. octobre 2006 ; 63 :

1402-1408:

(6) Limet al.."A diet enriched '<vith omega3fattyaciddocosahexaenoic acid reduces amyloid burden in'an aged Alzheimer mouse mode!".

Journal of Neuroscience. 23 mars 2005,25 (12) : 3032-3040.

(7) Haan et al.. "Homocysteine, B vitaniins, and the incidence of dementia and cognitive impairment: resuits from the Sacramento area Latino study on aging". American Journal of Clinical Nutrition, février 2007, vol. 85. n° 2.511-517.

(8) Qi Dai et al., "Fruit and Vegetable Juices and Alzheimer's Disease :The Kame Project"; The American]ournal of Medicine, vol.1l9. n° 9, septembre 2006,751-759.

(9) Shishir Shishodia et al., "Curcurnin : getting back to the roots".

Ann N.Y.Acact Sci.l05'6 : 206-217 (2005).

(10) Chandra et al., "lncidence of Alzheimer's disease in.a rural community in lndia: The lndo - US Srudy". Neurology.

septembre 2001 ; 57 : 985-989.

(11) MüaKivipelto et al.,"Risk score for the prediction of dementia risk in 20 years amqng .middle aged people: a longitudinal, popuiation-based study". The Lancet Neuralogy. vol. 5, n° 9.

septembre 2006,735-741. .

(12) Verghese, et al.. "LeisureActivities and the Risk of Dementia in the Elderly",N EnglJMed 348: 2508.19 juin 2003.

(13) Wilson et al....Loneliness and Risk of Alzheimer Disease" ,Arcb Gen Psychiatry, février 2007 ;64 : 234-240.

(14) Jonathan Leake et Nick Fielding, "New treatment for Alzheimer's" The Sunday Times, 24 avril 2005.